La ville camerounaise de Kousserie accueille les populations qui fuient et subit les dégâts des combats qui sévissent sur l'autre rive du Logone. Déjà un mort par "balle perdue"

Hier dimanche autour de deux heures du matin, l'accalmie qui avait gagné les villes de N'Djamena et de Kousseri s'est interrompue lorsque des hélicoptères ont commencé à se faire entendre. La trêve d'une heure trente qui s'en est suivie a fait croire que le calme était de mise. Que non. Dès 5h30, les combats ont repris. Les hélicoptères bombardaient les positions ennemies, tandis que les chars appartenant probablement aux rebelles ripostaient. Face à des colonnes organisées, l'armée tchadienne s'est résolue à prendre position sur le territoire camerounais. Autour de sept heures hier, les hélicoptères Tchadiens survolaient la ville de Kousseri et lançaient ensuite des assauts sur N'Djamena. Un spectacle qui s'est poursuivi tout au long de la journée d'hier. La panique a peu à peu gagné les populations qui ont vite fait de se réfugier derrière les murs de leurs concessions.

Cette attitude fait suite aux évènements de samedi qui ont atteint plusieurs Camerounais. Lesquels s'étaient montrés curieux, en allant observer les combats à partir des berges du Logone. Une quarantaine de personnes a été atteint par les "balles perdues". Les cas les plus graves, environ dix-huit, ont été conduits à l'hôpital de district de Kousseri. Au quartier Madagascar par exemple, Hissein Hessana a juste été effleuré à la cuisse par une balle qui est venue de l'autre rive du fleuve, sans grand souci. Le complexe du Dr. Kamsouloum Abba Kabir, député camerounaise, situé au centre-ville a lui aussi été touché. Un ordinateur situé dans la salle informatique est désormais hors d'usage. Mais le cas le plus grave est le décès d'une jeune fille de 22 ans qui vendait samedi dernier ses "beignets haricot" au marché de Kousseri. Elle a été atteinte à la joue par une balle qui a transpercé sa mâchoire. Elle en est morte quelques heures après.

Substances nocives

Bien plus, de nombreuses roquettes et des missiles de l'armée tchadienne tombent sur le territoire camerounais. Ce qui est très dangereux parce qu'indique Alain Fritz Ndibi, le préfet du Logone et Chari, "ces roquettes contiennent des substances nocives à la santé. Quand les enfants s'approchent, elles peuvent exploser. C'est pourquoi nous avons fait venir un artificier de notre armée qui est capable de désamorcer les bombes."

Ce survol quasi-permanent du territoire camerounais par les troupes aéroportées tchadiennes a de quoi susciter des interrogations. Un des responsables locaux de la gendarmerie s'étonne de ce que les Tchadiens violent allègrement notre espace aérien. Parce que selon lui, " il n'existe pas de conventions particulière entre le Tchad et le Cameroun sur le survol de territoire." Les nombreuses récriminations portées au préfet sur cet état de choses ne l'ont pas fait bouger d'un trait.

Un préfet tchadien qui aurait fait défection est même venu interpeller Alain Fritz Ndibi sur cette violation qui pourrait conduire à des conséquences sur les Camerounais. Ces derniers pourraient faire l'objet de représailles de la part des rebelles qui peuvent interpréter ce silence des autorités camerounaises comme un soutien au président Idriss Déby. Le Groupement polyvalent d'intervention de la gendarmerie nationale (Gpign), le Bataillon d'intervention rapide (Bir), des bataillons de l'armée de terre et des unités de police et de gendarmerie ont été mobilisés pour sécuriser le territoire camerounais à travers des fouilles systématiques des arrivants. Ce qui n'empêche pas, comme on a pu le constater, que des personnes en provenance du Tchad entrent au Cameroun avec des armes. C'est le cas au niveau de Djamalbare où à pirogue par exemple, on se meut sans pour autant rencontrer le moindre élément de l'armée camerounaise. Hier autour de 19h, une dizaine d'armes appartenant à des militaires en civil et qui fuyaient les combats ont été récupérées par les forces camerounaises en faction à Nguéli.

Entre temps à Kousseri, tous les établissements hôteliers sont submergés. Les agences de voyage aussi.

In "Mutation", Cameroun